Découvrez la culture bashkir!

La république de Bachkirie ou également appelée Bashkortostan est une contrée de la région ouralienne à la porte de la Sibérie à l'Est et à la porte des Steppes Kazakhs au Sud, membre de la Fédération de Russie. C'est un pays aux mille paysages, entre les montagnes de L'Oural, les grandes forêts boréales, ses 13 000 rivières, ses nombreux lacs et marais, ou bien encore ses immenses plaines verdoyantes ou steppes arides !

 

 

John jouant de la dombra en bon descendant bashkir, devant une isba qu'il a construit en solo en forêt en 2011
John jouant de la dombra, devant une isba qu'il a construit en solo en forêt en 2011

Les Bashkirs (ou Bachkirs en français) forment un peuple d’Eurasie dont l’organisation traditionnelle repose historiquement sur des assemblées appelées kurultaï, regroupant plusieurs unités tribales encore partiellement structurantes aujourd’hui et profondément ancrées dans leurs traditions.

Ils pratiquent historiquement une agriculture de subsistance respectueuse des équilibres naturels, ainsi que l’élevage de chevaux, de chameaux de Bactriane, de moutons et de chèvres, et plus récemment de bovins, notamment à partir de la période soviétique. L’apiculture occupe également une place importante et constitue l’un des savoir-faire emblématiques et reconnus de leur culture.

 

On distingue généralement trois grands ensembles géographiques et culturels : les Bashkirs des steppes, les Bashkirs des montagnes et les Bashkirs des forêts.

 

Majoritairement de confession musulmane, en grande partie d’influence soufie, les Bashkirs ont conservé jusqu’au début du XXe siècle un mode de vie semi-nomade, alternant entre déplacements saisonniers et installation dans des habitats fixes. Durant la belle saison, ils vivaient sous la yourte traditionnelle dite tirmeï, tandis qu’en hiver ils regagnaient des habitations en bois de type maison en rondins, appelées ağaś yort (ou parfois isba). 

 

Leur culture matérielle et technique témoigne d’une grande maîtrise des savoir-faire liés à l’autonomie en milieu naturel : forge, tannage et travail du cuir, construction bois, corderie à base de fibres végétales ou animales, travail textile incluant le feutrage, ainsi que diverses formes de vannerie, autant de compétences qui demeurent encore vivantes aujourd’hui.

 

Dans cette culture, le cheval occupe une place centrale, à la fois comme moyen de déplacement, outil de travail et élément structurant du mode de vie pastoral. Les Bashkirs sont historiquement reconnus pour leur équitation, leur endurance équestre et leur capacité à évoluer sur de vastes territoires. Le cheval est également associé aux pratiques guerrières et aux traditions d’autonomie en milieu ouvert. L’arc, quant à lui, constitue une arme traditionnelle majeure, utilisée aussi bien pour la chasse que dans les pratiques martiales, et témoigne d’un savoir-faire technique et d’une culture militaire des steppes profondément ancrée dans leur histoire.

 

Depuis 1997, la République du Bachkortostan coopère avec l’UNESCO dans la préservation de son patrimoine culturel et naturel, notamment à travers la protection de sites historiques, de paysages remarquables et de grottes préhistoriques.

 

Bashkir ou bachkir ?

Voilà une question qui revient souvent, même parmi nos "stagiaires". Bien que la forme "Bachkir" soit la transcription traditionnellement utilisée en français, à la ferme bashkir-cosaque nous employons volontairement le terme « Bashkir », plus proche de l'appellation internationale "Bashkir" et de l'autodénomination du peuple concerné "Bashkort". Ce choix vise à respecter au mieux la prononciation et l'identité culturelle de ce peuple turcique d'Eurasie, tout en facilitant les échanges avec les sources, les institutions et les travaux de recherche internationaux qui utilisent majoritairement cette graphie. 

 

Au-delà d'une simple question d'orthographe, ce choix reflète notre volonté sincère de nous rapprocher au plus près de la réalité culturelle, historique et linguistique des Bashkirs, dont John est issu et dont nous nous efforçons au sein de l'Ecole Ichmoukametoff de transmettre cet héritage avec fidélité et authenticité !

 


Etudes ethnographique sur les Bachkirs   Populations du versant oriental de l'Oural  Mémoires de la société d'ethnographie  Par WL. De Youferov - 1881
Etudes ethnographique sur les Bachkirs Populations du versant oriental de l'Oural Mémoires de la société d'ethnographie Par WL. De Youferov - 1881

Études ethnographique sur les Bachkirs

 

Populations du versant oriental de l'Oural

Mémoires de la société d'ethnographie

Par WL. De Youferov - 1881

 

"C'est à partir d'Ekaterinbourg que commencent les habitations bachkirs qui longent les deux versants de l'Oural presque jusqu'à la Caspienne, et en tout cas bien au-delà d'Orenbourg.(...) Leurs habitations les plus avancées atteignent dans le Nord jusqu'au gouvernement de Viatka et dans l'Ouest jusqu'à celui de Samara.
(...)
Dans les documents historiques, le nom de Bachkir commence à apparaitre depuis le Xe siècle de notre ère. Ce sont les historiens Arabes et Persans qui en font mention à côté des Magyars.(...) Les deux races ont, pendant quelques temps, une histoire parallèle et même leurs noms se confondent quelque peu! Madj-gard pour les uns, et Badj-gord pour les autres.(...) Les Bachkirs(...) ont été visiblement amenés dans ces contrées par les pérégrinations des Huns, et ne représente que des restes des ces hordes sauvages.(....) Le nom des Bachkirs est traduit par les orientalistes de façon très différentes. Selon quelques-uns, ce nom veut dire "loup" ou "voleur", et selon d'autres ce serait plutôt un "insecte"(...) Si on se rapport à la langue parlée par ces gens actuellement, on y trouve que le mot "bachr" veut dire "tête" et le mot "kourth" veut dire "insecte" ce qui serait par conséquent "tête à insectes"(...) d'où bien la dénomination de "cultivateur d'abeilles".(...) Tous ces noms peuvent parfaitement aller aux Bachkirs, qui se trouvent être un peuple, dans les époques reculées de l'histoire, s'occupant nécessairement de vols et brigandages, et encore aujourd'hui chasseur, surtout de loups dont le pays n'est que trop plein, [et] cultivant les abeilles avec amour.(...)
(...)
Les Bachkirs en sont encore à porter ce feutre qu'ils doublent de fourrure pour tenir la tête chaude. Cette coiffure a le nom de Malakhaï(...). [Ils] portent des costumes courts, appelés Kaftans. Ces derniers sont toujours noués par une ceinture.(...).
(...)
Les femmes Bachkirs ne se couvrent point le visage, par exemple, et ne se cachent pas des hommes, comme le font les femmes tatares; dans les jeux et dans leurs plaisirs, les Bachkirs se présentent comme des écuyers audacieux, ce qui n'est pas le cas chez les Tatares; de plus, ils ne sont pas si économes et raisonnables dans leur vie intérieure, et surtout ne suivent pas si strictement les règles de Mahomet que le font les Tatares(...).
(...)
Nomades du temps de Gengis Khan, ils ont été englobés par Batü, son petit fils, dans le grand empire Mongol, en 1236. Ils surent(...) capter la bienveillance de ce conquérant féroce et acquérir quelques privilèges par rapport aux autres peuples conquis(...). Cette bienveillance a dû être motivée(...) par l'adresse des vaincus (réf: les Bachkirs) à toute espèce d'exercices militaires (réf: lutte, tir à l'arc et joute à cheval) qui faisaient l'admiration des conquérants(...).
(...)
L'histoire de la Horde d'or est, en même temps,celle de toutes les populations qui leur fut soumises. Divisée par des haines clandestines(...). Les Bachkirs furent partagés entre [le Khanat] de Kazan et celui d'Astrakhan. Ils conservèrent en même temps leurs propres princes. Avec la conquête due aux armes victorieuses d'Ivan le terrible, la Bachkirie devint en 1556 une partie du nouvel empire Moscovite. Leur prince, Ak-Nazar fit acte de soumission (réf: pour protéger le peuple)(...). Cette soumission volontaire fit si bonne impression que le Tsar décida de ne pas déposséder cette population de ses richesses naturelles, et lui laissa usage des immenses terrains qui lui servaient de pâturages. De là, le droit de propriété des Bachkirs sur les terrains qu'ils occupent jusqu'à ce jour.(...) Ennuyés d'expédier leurs impôts payables en peaux et autres produits naturels du pays jusqu'à Kazan (réf, capitale tatare, des frères ennemis Bachkirs), qui, à l'époque, était le chef lieu de ces provinces éloignées, les Bachkirs envoyèrent une députation à leur terrible maître, pour avoir l'autorisation de construire une ville sur leurs propres terres. De là, l'existence d'Oufa, capitale de l'ancienne Bachkirie, aujourd'hui chef lieu de gouvernement, situé au confluent des deux rivières Oufa et bielaïa(...). De cette époque commence la pression des éléments Bachkirs ayant leur centre à Oufa, par l'élément russe(...) civilisateur dans ces contrées. (...) Les Bashkirs ont passé [alors](...) par une série de soulèvements contre la domination russe (réf: révoltes de 1676, 1707, 1735, 1755 et 1773).
(...)
Les Bachkirs étaient envisagés comme de fidèles sujets et prirent part à toutes les guerres de la Russie eut à faire(...). Depuis 1798, ils jouissent même d'une organisation militaire toute spéciale, formant un corps d'armée particulier, sous les ordres du gouvernement d'Orenbourg.(...). Dans cet espèce de service, ils sont éminemment utiles, car ils ont le sentiment de l'approche des Kirghiz à l'état d'instinct. Doués d'une vue particulièrement développée, ils prévoient l'arrivée de ces hordes avides de vole et de rapine à la moindre poussière qui se voit à l'horizon. Ce ne sont que les brumes et les fortes pluies qui peuvent les en empêcher, et encore leur reste-t-il la finesse de l'ouïe qui leur donne une valeur particulière dans le service des piquets d'avant-poste.(...) Tant au soleil que dans la nuit, ils sont capables d'entendre et de voir des objets et des sons à une distance où nous autres nous n’apercevrions rien.(...). Leur état militaire, qui englobe toute la population masculine dans le service de guerre, ne les gêne aucunement. Au contraire, il est à remarquer qu'ils sont fiers d'être appelés à subvenir aux nécessités du service de l'Etat. Aventurier de nature, ils laissent facilement travailler leur imagination et se créent un idéal qui se rapproche de celui de la Chevalerie.
(...)
Ce sont des enfants de la nature(...). Les organes des sens sont excessivement développés,ainsi que j'ai eu à le remarquer(...) en parlant de leur service militaire.(...) La taille est souvent assez grande, la constitution générale du corps pas très forte, mais pourtant assez saine puisqu'ils sont capables de faire des travaux des plus pénibles et de supporter toute espèce de privations. L'éducation qu'ils reçoivent dès le plus bas âge, les a fait parfaitement indifférent tant à l’intempérie de la saison qu'à toute espèce de situation économique que leur crée le sort.(...) L'état sanitaire des Bachkirs ne laisse rien à désirer, surtout avec l'habitude qu'ils ont de lutter contre toutes les inclémences des éléments de la nature. Ces gens ne savent pas ce que c'est qu'un refroidissement; une nourriture qu'ils ne puissent digérer n'existe pas non plus dans leur répertoire.(...) Ce sont des gens patients, obéissants, doux(...) incapables d'aucune opposition ne d'aucun trait de vengeance intense.(...) Leur esprit a une certaine vivacité dans les mouvements et une indépendance dans les actions.(...) Là où le travail exige de l'exactitude et de la finesse, ils ont toujours la préférence (réf: sur les ouvriers et paysans russes)(...) [et] c'est à eux qu'appartient la plus part du temps le dernier coup de main [pour] ce qui exige beaucoup de délicatesse.
(...)
Les construction Bachkirs sont toutes en bois et ne diffèrent pas beaucoup de l'isba russe.(...) L'arrangement intérieur des habitations frappe surtout par la présence d'un immense poêle quadrangulaire qui occupe le centre de la maison. Ce poêle sert tant au chauffage qu'à la préparation des aliments. Si vous entrez pendant la nuit dans l'habitation d'un Bachkir, vous trouvez ce poêle tout flamboyant. Toutes les femmes et les enfants de la famille sont là à se chauffer, et éclairés par les rayons de cette flamme, font un effet particulier dans l'obscurité qui recouvre tout le reste de la chambre. Tout l'ameublement consiste dans des bancs de bois qui bordent la chambre, au dessous de petites fenêtres pratiquées dans les murs. Ces bancs sont en partie couverts de feutre. Les gens relativement aisés, les couvres de coussins(...) en duvet. En plus, vous trouverez quelques coffres, ordinairement de couleur éclatante, rouge ou verte avec des garnitures en étain; puis un samovar, des tasses et des soucoupes, car les Bachkirs sont grands amateurs de Thé.

(...)
En été, les Bachkirs quittent leurs habitations ordinaires , et, accompagnés de femmes et enfants, vont s'établir dans leurs tentes en feutre dans les prairies où paissent leurs troupeaux. Une fois établis, les Bachkirs s'occupent à faire leur fenaison, à couper le bois, à faire du goudron (réf: avec l'écorce de bouleau). Ils ont toujours leurs bestiaux à côté d'eux, à vue d'oeil.(...) [Ils construisent aussi] une espèce de souterrain, un trou creusé dans la terre, portant le nom de Zemliouka, et recouvert d'une toiture de gazon.
(...)
La préparation de leurs aliments n'est ni bien ingénieuse ni bien compliquées. Mais ils prétendent tout de même avoir une cuisine nationale, assez variée, et, d'après leur opinion, très bonne et très friande. Les principales substances alimentaires se composent de viandes de mouton, de lait, et de fromage, et enfin de préparations farineuses. La boisson dont on fait usage, est surtout le Koumys (réf: lait de jument fermenté). [Ils goûtent] beaucoup le pilar (réf: riz pilaf ou plivo selon), c'est à dire le riz préparé avec de la viande de mouton d'une façon spéciale.

 


 Léon Tolstoï chez les Bashkirs pour guérir des maux du monde
Léon Tolstoï chez les Bashkirs pour guérir des maux du monde

Léon Tolstoï chez les Bashkirs pour guérir ! 

 

Saviez vous que Léon Tolstoï (écrivain et penseur russe du XIXe siècle)  a été vivre chez les Bashkirs ? C'était pour lui un retour aux choses simplement saines pour se soigner du monde, comme il l'expliquait dans "sa confession" et aller mieux psychologiquement et par extension physiquement. 

'"J'ai commencé à penser que je devenais fou, puis je suis allé chez les Bashkirs, pour les Bashkirs ". Citation de L. N. Tolstoy (1828-1910).

 

EXTRAIT DE SES MÉMOIRES : 

"(...)le bonheur : c’était la vie de famille.

Pendant une année, je rendis la justice, je m’occupai d’écoles et de journalisme, et je fus bientôt accablé de fatigue. Si insupportable devint la lutte pour la conciliation, si vaguement se manifesta mon activité dans les écoles, si répugnant m’était devenu mon échappatoire dans le journal, laquelle consistait toujours dans la même chose, dans le désir d’instruire et de cacher que je ne savais rien, que je tombai malade, plutôt moralement que physiquement. 

Alors j’abandonnai tout et je partis pour le désert, chez les Bashkirs pour les Bashkirs, respirer l’air, boire le koumyss et vivre de la vie animale... Quand je revins, je me mariai. L’influence d’une vie de famille heureuse me détourna de toute recherche du sens général de la vie. Toute ma vie en ce temps-là se concentra sur ma famille, sur ma femme, sur mes enfants."

"Ils prônaient (les bashkirs) le travail manuel, la vie au contact de la nature, le rejet du matérialisme, l'abnégation personnelle" Leon Tolstoï